En 2006, Ibrahim Maaroufi faisait ses premiers pas en professionnel avec l’Inter Milan. Seulement âgé de 17 ans, il était présenté comme une future star du football. Entre impatience et mauvais choix de carrière et même s’il a désormais pris conscience de ses erreurs, Maaroufi se retrouve désormais en D3 italienne.

Un parcours qui doit servir de leçon à de nombreux jeunes footballeurs, qui veulent tout, tout de suite.

Fin octobre, Ibrahim Maaroufi s’engageait avec Paganese, modeste club de 3ème division italienne. A seulement 25 ans, il va découvrir le 14ème club de sa carrière. Une carrière qu’il espérait sans doute bien meilleure.

Lancé dans le grand bain de la Serie A à seulement 17 ans, lors d’un match contre Livourne, Maaroufi était annoncé comme la nouvelle pépite du football belge. Ou du football marocain, puisque les deux fédérations se disputaient le prodige. C’était en 2006. Son entraîneur était Roberto Mancini, ses coéquipiers étaient Stankovic, Ibrahimovic, Recoba ou encore Figo et Zanetti.

Aujourd’hui, Maaroufi va s’entraîner sous les ordres de Stefano Cuoghi et jouer devant un millier de supporters. Comment est-il passé du statut de grand espoir du football à celui de milieu de terrain d’un modeste club de Campanie ?

A regarder – Best of de la carrière d’Ibrahim Maaroufi

https://www.youtube.com/watch?v=mQWRarhkcAA

La bougeotte depuis son plus jeune âge

Pour comprendre comment Maaroufi a pu dégringoler aussi vite, il faut remonter à ses premières années. Natif de Bruxelles, il commence sa formation à Anderlecht, club historique du football belge, notamment connu pour la qualité de son centre de formation. Mais alors qu’il n’a encore que 11 ans, il participe à une journée de détection du PSV Eindhoven. Il séduit les recruteurs du club néerlandais, et alors que tout se passait bien à Anderlecht, il traverse la frontière néerlandaise pour poursuivre sa formation loin de sa ville natale.

Egalement réputé pour l’excellence de son académie, le club néerlandais n’aura malheureusement pas le loisir de disposer de sa jeune pépite bien longtemps puisqu’il répond rapidement aux sirènes de l’Inter Milan en 2006. Repéré lors d’un tournoi en France, il est arraché par le club italien contre une indemnité de formation de 200 000 €.

Maaroufi vient tout juste de fêter ses 17 ans et il compte déjà des expériences dans 3 pays différents.

L’éclosion à l’Inter Milan

Mais dans un premier temps, les faits semblent lui donner raison. Même s’il est difficile de savoir s’il aurait pu éclore ou non à Anderlecht ou au PSV Eindhoven, toujours est-il que le jeune belge s’entraîne rapidement avec le groupe professionnel de l’Inter Milan, et tape dans l’œil de Roberto Mancini. Lancé en Serie A à 17 ans, il devient le 2ème plus jeune joueur de l’histoire du club lombard à avoir l’honneur de porter le maillot intériste. Tous les regards se portent sur lui.

Ibrahim Maaroufi au milieu des stars de l’Inter Milan

 

Sur le forum français de l’Inter Milan, les supporters sont particulièrement enthousiastes : « Ooohhhh Mon Ibrahim !!! Bah vous inquiétez pas il va devenir très fort.Il brille partout même avec les espoirs de la Belgique.Donc il n’y a plus qu’a attendre qu’il fasse sa route et le retrouver dans notre série A » ou encore « C ‘est vraiment exceptionel. c’est vraiment une valeur sûr du foot futur ».

Notons tout de même que Roberto Mancini va sortir 22 jeunes durant sa période à la tête de l’Inter Milan. Et si certains joueurs comme Balotelli ou Santon évoluent désormais au plus haut niveau européen, la plupart évoluent désormais dans les divisions inférieures en Italie.

Seulement 15 jours plus tard, il est titularisé pour la première fois de sa jeune carrière milanaise à l’occasion d’un match de Coupe d’Italie contre Messine. Il frappe même le montant.

Au total, il disputera 6 matchs sous les couleurs nerazzurri.

Le début de la traversée du désert.

Malheureusement pour lui, ces apparitions sous le maillot de l’Inter, disputées alors qu’il n’était même pas majeur, constitueront sans doute le sommet de sa carrière.

A l’issue de la saison 2006-2007, Ibrahim Maaroufi se montre très impatient. En mai 2014, il déclarait dans l’émission « Fair Play » de la radio belge « 48 FM » : « J’ai été très impatient parce que je voyais que je m’en sortais bien sur le terrain avec l’Inter Milan. J’étais sur le banc et j’avais envie de jouer. Je serais parti n’importe où pour avoir du temps de jeu ».

Au mois de janvier 2008, il retourne aux Pays-Bas dans le cadre d’un prêt au FC Twente. Son choix de club n’est pas anodin. A Twente, Maaroufi retrouve Fred Rutten, l’un de ses anciens formateurs du PSV Eindhoven. Il n’obtient pas le temps de jeu qu’il était venu chercher puisque le technicien batave fait rapidement ses valises pour Schalke 04, remplacé par l’anglais Steve McClaren, qui n’a pas une grande considération pour le jeune milieu de terrain belge.

Après deux demi-saisons ratées, il revient en Lombardie, où il n’entre pas dans les priorités de José Mourinho, le nouvel entraîneur du club.

En février 2009, il file à Vicenza dans le cadre d’une co-propriété. Blessé, il ne dispute pas le moindre match avec le club italien et décide de rompre son contrat l’été venu. Il signe un contrat de 3 ans avec Bellinzona, mais il ne jouera pas plus.

A écouter – Emission Fair Play – Mai 2014

Fair Play Saison 4 Spécial Ibrahim Maaroufi by Fair Play on Mixcloud

 

Sans club, il décide une nouvelle fois de revenir aux Pays-Bas. Mais son nouveau point de chute est bien moins glorieux que le FC Twente. Il s’engage en effet avec MVV Maastricht en D2 néerlandaise. Une fois de plus, il ne jouera pas le moindre match avec ce club.

3 ans et demi après ses débuts en Serie A avec le champion d’Italie, Maaroufi est donc passé par le FC Twente, Vicenza, Bellinzona et Maastricht sans disputer le moindre match.

« J’ai eu plusieurs agents. Ca a peut-être été mon plus gros problème. Les agents que j’ai eu mes premières années, c’était toujours pour parler d’argent. A 17 ans, quand on t’annonce que tu es convoité par les plus grands clubs italiens, que l’AS Rome veut te recruter pour faire de toi le joueur le mieux payé d’Italie, tu y crois » estimera Maaroufi sur « 48 FM ».

Et même s’il estime avoir été mal conseillé au début de sa carrière, Maaroufi a pleinement conscience de ses erreurs : « Avec le recul je me rends compte que les entraîneurs avaient raison quand ils me conseillaient. Mais moi j’étais impatient. Quand tu as joué à l’Inter Milan avec Ibrahimovic, tu ne comprends pas pourquoi tu restes sur le banc à Vicenza. Ce sont des erreurs que font beaucoup de jeunes ».

Diable Rouge ou Lion de l’Atlas ?

Si son parcours en club est particulièrement chaotique, que dire de son expérience en sélection. En effet, quelques mois après avoir découvert la Serie A, il est courtisé par la Belgique, son pays natal, et le Maroc, son pays d’origine. En décembre 2006, il fait le choix de s’entraîner avec l’équipe olympique du Maroc. Mais à la surprise générale, il choisit finalement de répondre favorablement aux avances des Diables Rouges en disputant plusieurs matchs avec la Belgique en 2007.

Il déclare à la presse belge : « Le Maroc m’a envoyé une convocation pour le match amical contre les espoirs … belges mais j’ai choisi la Belgique. C’est mon pays, ma famille y vit, ce sont mes racines »

Il va ainsi jouer contre la Serbie et l’Autriche avant de faire une nouvelle fois machine arrière.

Seulement 1 mois après sa dernière cape avec la Belgique, Maaroufi annonce avoir fait son choix définitif. Il souhaite porter le maillot des Lions de l’Atlas, estimant notamment que le Maroc est une bien meilleure sélection que celle de Belgique. Il déclare notamment à la Dernière Heure : « J’ai choisi de rejoindre le Maroc. Mes motivations ? […]. L’ambiance, au Maroc, est plus familiale. Les clivages communautaires décrits par Kompany pour l’équipe A sont identiques chez les Espoirs. D’autres raisons motivent mon choix mais je préfère les taire ». Afin de garder une porte de sortie, il annonce tout de même que son choix n’est pas définitif.

C’est dans ce contexte, et alors que sa carrière patine, qu’il décide de se relancer au Maroc. Il signe ainsi au Wydad Casablanca en 2010. Il jouera 2 matchs de championnat avant de résilier à nouveau son contrat.

Sa carrière est au point mort et il décide de faire le ménage autour de lui pour se relancer. Il affirme avoir pris conscience de ses erreurs. Dans une interview accordée à Stéphane Pauwells (SportMagazine, 9 février 2011) il expliquait ainsi ses nombreux échecs : « J’étais trop jeune. J’ai écouté les mauvaises personnes. Beaucoup se sont gavées sur mon dos et ont pris des commissions. Il y a vraiment trop de pourris dans le milieu du foot. Je n’aurais jamais dû faire confiance aussi facilement à des personnes que je connaissais si peu ».

Toujours dans cette interview, le milieu de terrain, désormais âgé de 22 ans n’hésite pas revenir sur ses mauvaises expériences : « Je n’ai que 22 ans et ces problèmes m’ont permis de grandir. Je suis mûr maintenant. C’est vrai que j’ai été trop influencé, mais ça m’a renforcé. Ce que je regrette vraiment, c’est d’être parti de l’Inter. Je voulais absolument jouer et me suis montré trop impatient. J’aurais dû rester mais je voulais vraiment être prêté et j’ai atterri à Twente. S’il y a un conseil que je peux donner aux jeunes footballeurs, c’est d’être patient et d’attendre son tour en restant très pro ».

L’impatience, les mauvais choix, les blessures … autant d’éléments qui conduisent Maaroufi à faire profil bas et envisager une nouvelle carrière. Une carrière loin des flashs des photographes, mais peut-être plus proche d’un joueur nouveau.

Un nouveau départ ?

Accompagné d’un nouveau conseiller, qui l’a connu quand il était un jeune espoir d’Anderlecht, il fait le choix de venir se relancer en Belgique.

En janvier 2011, il s’engage avec Eupen pour un contrat de 6 mois : « Ça ne m’embête pas du tout d’être à Eupen. Ce n’est pas non plus comme si j’avais eu le choix. J’ai encore tout à prouver et je vais m’accrocher. […]. C’est sûr qu’Eupen, ce n’est pas Milan, mais je n’oublie pas que je viens de très loin. J’ai signé pour six mois. A moi de faire mes preuves ! ». Il n’y disputera qu’un seul match, une défaite contre le Standard de Liège.

Maaroufi prend une nouvelle fois son baluchon. Une petite période de chômage et il fait le choix de se relancer à Malines. Seulement 145 bornes selon Google Maps. Seulement 4 mois également puisqu’il décide de changer une nouvelle fois de chemin, après avoir inscrit 3 buts en 11 matchs de championnat (D3 belge) : « Sans manquer de respect à Malines, j’avais envie de retrouver un club professionnel. J’étais en D3 belge, et quand on m’a appelé pour évoluer en Iran, goûter à nouveau aux mises au vert, j’ai dit « oui » tout de suite. Financièrement c’était intéressant et je souhaitais m’en servir comme tremplin. En jouant en Iran je pensais peut-être me faire repérer par un club qatarien et rebondir ensuite dans une D1 européenne ».

Séquestré en Iran

Début 2012, il découvre son 11ème club. Son 7ème pays. Son 3ème continent. Il s’engage ainsi avec le Parseh Teheran en D2 iranienne. Si ses précédentes expériences étaient des échecs sportifs, son séjour en Iran fut dantesque. Non payé par son nouveau club pendant 4 mois, Maaroufi décide de faire la grève et refuse de jouer. Une situation qui énerve le propriétaire du club, qui décide tout simplement de le séquestrer comme révélait l’agent de Maaroufi au quotidien belge Het Laatste Nieuws : « Le propriétaire, un milliardaire local, lui avait promis monts et merveilles pour le convaincre de venir. Ibrahim m’a appelé d’Iran il y a une dizaine de jours. Il était en panique et n’osait plus sortir de sa chambre d’hôtel. Il avait peur qu’il lui arrive quelque chose. Il m’a demandé de l’aide ».

Son passeport lui est confisqué et il ne peut plus quitter l’Iran. Son agent poursuit : « Les médias se sont emparés de l’affaire. Cela n’améliorera pas les relations entre l’Iran et le Maroc, déjà très orageuses. Nous demandons seulement qu’il puisse quitter le pays. Pour les 140.000 euros de salaires impayés, nous passerons plus tard par la FIFA ».

Après plusieurs mois, Ibrahim Maaroufi peut enfin quitter l’Iran : « Dès que j’ai reçu mon passeport de retour, j’ai filé vers l’aéroport. A Téhéran, ils ont bien rigolé quand je leur ai dit que j’allais saisir la FIFA. Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient même pas peur des Américains ».

Dans l’émission « Fair Play » diffusé en mai 2014, Ibrahim Maaroufi va modérer cette histoire : « L’agent qui a raconté cette histoire s’est fait un peu de publicité sur mon dos. Je n’étais pas séquestré. Il fallait juste trouver un accord pour que je quitte le club. Je n’ai même jamais rencontré cet homme. Uniquement au téléphone. Il m’a appelé pour me dire « je te sors de la peine », alors j’ai dit oui ».

Une carrière au point mort

Fin 2012, Maaroufi fait donc son retour en Europe. Une nouvelle fois en Belgique. Après Anderlecht, Eupen et Malines, il découvre son 4ème club belge. Signé par l’Union Saint-Gilles, l’ancien grand espoir de l’Inter Milan découvre donc le 3ème échelon du football belge : « l’Union était prête à me donner une chance et c’était l’occasion pour moi de me relancer en étant proche de ma famille. La discussion que j’ai eue avec le président et le manager du club m’a convaincu. L’Union est un club ambitieux et comme je le suis aussi, cela ne peut que bien se passer. J’ai certes hésité mais je voulais surtout prendre le temps de la réflexion, ce que je n’ai pas assez fait par le passé ».

Une petite année, quelques gestes de classe et un nouveau départ. Après une première expérience marocaine au Wydad Casablanca, quelques années plus tôt, il signe au MAS Fès. Expérience non concluante. A nouveau.

Conscient de l’impasse dans laquelle il se trouve, Maaroufi s’entoure de l’ancien international belge Mbo Mpenza et de préparateurs physiques. Il fait amende honorable dans une vidéo, où il est mis en scène, à l’entraînement, déterminé à reprendre sa carrière en main. Il déclare notamment « Je me suis trop longtemps reposé sur mon talent, maintenant je sais que le plus important est le travail ».

Au moment de se retourner sur sa carrière, et alors qu’il n’a que 25 ans, il fait preuve d’une réelle lucidité sur son parcours, sur ses échecs : « Je n’étais pas patient. Je n’étais sans doute pas non plus assez sérieux dans mon travail. Et quand je n’étais pas heureux de ma situation, je l’ai peut-être fait savoir trop fort ».

Malgré cette volonté de rebondir, l’ancien joueur de l’Inter Milan va rester plusieurs mois sans club. La semaine dernière, nous apprenions qu’Ibrahim Maaroufi avait retrouvé un nouveau club. Paganese. En D3 italienne. Bien loin de l’Inter Milan.

Fiche Ibrahim Maaroufi

Date de naissance : 18 janvier 1989
Lieu de naissance : Bruxelles (Belgique)
Pays : Belgique / Maroc
Poste : Milieu relayeur

Clubs successifs : Anderlecht (Belgique), PSV Eindhoven (Pays-Pays), Inter Milan (Italie), FC Twente (Pays-Bas), Vicenza (Italie), Bellinzona (Suisse), MVV Maastricht (Pays-Bas), Wydad Casablanca (Maroc), Eupen, Racing Malines (Belgiqueà, Parseh Téhéran (Iran), Union Saint-Gilloise (Belgique), MAS Fez (Maroc), Paganese (Italie)