Ces footballeurs (idiots) sont trop payés pour taper dans un ballon !

Ce matin, l’Equipe publie une enquête sur les salaires des footballeurs de Ligue 1. Comme souvent, on peut s’interroger sur l’intérêt et l’opportunité de sortir ces chiffres. Et également sur la véracité des rémunérations annoncées. Certaines sont erronées. Mais toutes font réagir.

Que ce soit à la machine à café au boulot, dans la cour au collège ou à la radio dans les bouchons, vous n’avez pas pu passer à côté de cette information. On peut lire des réactions de vierges effarouchées sur les réseaux sociaux et entendre des moralisateurs nous expliquer que ces salaires sont absolument anormaux et totalement immérités. 

Ce qui est très drôle, c’est que ces commentaires outrés viennent autant du grand public que de journalistes eux mêmes qui estiment que « les footballeurs sont trop payés pour taper dans un ballon« . Bien évidemment, la comparaison avec les médecins urgentistes, les instituteurs arrive très rapidement dans un bel élan de démagogie. On peut lire qu’il est anormal qu’un footeux, donc forcément un gros débile, gagne autant qu’une personne qui soigne nos parents ou qu’une autre qui instruit nos enfants.

Oui un footballeur professionnel est un privilégié. Un immense privilégié qui va gagner en quelques jours ce qu’un smicard ne gagnera peut-être jamais dans toute sa vie.

Footballeur, un cursus d’élite

En France, il existe 40 clubs de football qui disposent d’un centre de formation. Chaque centre de formation accueille en moyenne 60 jeunes apprentis. Il y a donc environ 2 400 jeunes footballeurs accueillis et formés dans les centres de formation de clubs professionnels français. Statistiquement, il est établi qu’environ 80 à 85 % des footballeurs en formation ne deviendront jamais professionnels. Un taux d’échec très important qui laisse environ 2 000 enfants sur la touche. 

Sur les 400 joueurs qui auront la chance de signer un premier contrat de footballeur professionnel, beaucoup n’auront pas la chance de faire des carrières longues. Les carrières de footballeurs durent en moyenne 6 à 7 ans.

Attention, il n’est pas question d’annoncer que les footballeurs sont mal payés. Juste de pondérer ces salaires. Se rendre compte que seulement une poignée de footballeurs bénéficie de salaires astronomiques. Avoir en tête qu’avant d’être en haut de l’affiche, un jeune footballeur doit quitter sa famille et ses amis à l’âge de 13 ans. Et surtout qu’il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus.

« Les footballeurs sont trop payés par rapport aux autres »

Il n’est pas rare d’entendre et de lire que les footballeurs sont beaucoup trop payés par rapport à d’autres sportifs : « ils font autant d’efforts que les footballeurs« , « ils ont encore plus de mérite« . La réponse est oui. Oui, il existe des différences abyssales de rémunération.

Est-ce que cela signifie pour autant que les footballeurs volent l’argent aux autres sportifs ? Évidemment non. D’ailleurs, ces sportifs eux-mêmes font très peu souvent référence à ces « inégalités de traitement ». En général, ce sont plutôt les observateurs qui poussent à cette comparaison.

Dans un élan de démagogie, des éditorialistes ou des journalistes évoquent des « sommes démesurées ». Mais sans jamais évoqué une loi presque vieille comme le monde, celle du marché, celle de l’offre et de la demande. Sans faire de l’économie de bas étage il n’est pas difficile de démontrer que si les footballeurs peuvent prétendre à des salaires aussi démesurés c’est tout simplement parce que les recettes des clubs sont importantes. Que ce soit les droits TV, les recettes de billetterie, celles de sponsoring etc …

Ces mêmes personnes travaillent pourtant dans les médias qui font leurs Unes sur du football, diffusent des matchs, débattent sur l’actualité du football. Jamais de curling, de tir à l’arc, de canoë-kayak …

Il est également insupportable d’entendre parler de mérite. Cette notion est noble. Mais elle ne semble pouvoir s’appliquer qu’aux footballeurs. Il est très rare d’entendre qu’une star de la chanson qui vend des millions d’albums ou qu’un acteur qui rempli des salles de cinéma a moins de mérite qu’un artiste qui se produit dans des petites salles et a des difficultés à joindre les deux bouts. Il est également rare qu’un éditorialiste parachuté sur des ondes nationales évoque le combat des pigistes qui courent après des petites piges dans des journaux locaux.

D’ailleurs, aucun footballeur n’a mis un pistolet sur la tempe d’un président pour bénéficier d’un salaire si important.

Les clubs et les footballeurs participent à la redistribution

Calcul des estimations des salaires (bruts et nets) © L'Equipe. 16 déc. 2016

Calcul des estimations des salaires (bruts et nets)
© L’Equipe. 16 déc. 2016

Si les explications sur les salaires présentés dans l’Equipe sont claires, elles sont très peu reprises dans les médias. Il y a donc une totale confusion entre les salaires bruts et les salaires nets. Pourtant avec cette pondération, il apparaît que le salaire brut mensuel d’un joueur de Ligue 1 (47 500 €) correspond à un salaire net d’impôts mensuel de 20 116 €. Celui d’un footballeur de Ligue 2 est 4 444 €. Un salaire proche de celui d’un journaliste confirmé du journal l’Equipe par exemple. Pour une carrière 5 ou 6 fois moins longue.
Mais plutôt que s’intéresser à la part qui file dans les poches des footballeurs, pourquoi ne pas mettre en avant les charges patronales, salariales et les impôts qui contribuent justement au mécanisme de redistribution. Et jusqu’à preuve du contraire, les clubs de football sont des sociétés privées, avec des ressources privées.

Conclusion

Oui les footballeurs perçoivent des rémunérations très importantes. Elles peuvent paraître indécentes dans un contexte social de plus en plus tendu. Mais elles doivent être pondérées. Tout simplement.

Fanks

Posted by Fanks

Spécialiste du football francilien et africain.

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