Interview – Moussa Dembélé, révélation de Fulham

Formé au Paris Saint-Germain, Moussa Dembélé a traversé la Manche à 16 ans pour s’engager avec Fulham. Véritable révélation du Championship cette saison, le jeune international U20 français a accepté de nous recevoir à Londres pour revenir sur son parcours et évoquer son futur.

Bonjour Moussa ! Première question, serait-il possible de te présenter ?

« Moussa Dembélé, 19 ans, attaquant à Fulham. J’ai d’abord joué à Cergy-Pontoise, de 6 à 8 ans. Je suis ensuite parti au PSG, jusqu’à mes 16 ans, avant de partir en Angleterre, à Fulham, où j’ai signé mon premier contrat professionnel. Aujourd’hui, je joue avec l’équipe première, en Championship (D2 Anglaise). »

Très jeune, tu es donc parti dans un club professionnel, en l’occurrence au PSG. Comment cela se fait-il ?

« Avec Cergy, on avait fait un des nombreux tournois du printemps, et le PSG y participait également. Nous avions joué contre eux, pour une victoire 2-1, avant de remporter le tournoi. Le lundi qui suit, ils m’ont convoqué pour faire des tests et je me suis donc retrouvé au PSG. »

Tu as donc pu jouer au PSG, le club de la région parisienne jusqu’à tes 16 ans. Mais pourquoi avoir décidé de partir en 2012 ?

« Avec l’arrivée des qataris, j’ai toujours pensé qu’il serait difficile pour les jeunes du club de s’imposer, d’avoir du temps de jeu. Je voulais donc partir pour gagner vite en expérience, chose qui aurait été très dur à Paris. »

Quand tu vois quelques joueurs qui jouent de temps en temps avec le PSG, est-ce que tu éprouves des regrets d’avoir quitté le club ?

« Non, vraiment je n’ai aucun regrets. Comme je le disais, il est très dur pour les jeunes du centre de formation de Paris de s’imposer, mais un joueur comme Adrien Rabiot par exemple est l’exemple qui confirme la règle. Il a su saisir les opportunités et il fait de bonnes choses aujourd’hui. Mais chacun son parcours, et à moi de travailler pour m’imposer à mon tour. »

As-tu quand même gardé le contact avec des joueurs que tu as côtoyé à Paris ?

« Oui, je parle encore à des joueurs comme Presnel Kimpembé, Kingsley Coman… En fait, à peu près l’ensemble de ceux avait qui j’ai joué à Paris. »

Ton choix s’est donc porté vers l’Angleterre et Fulham, mais quels ont été les éléments déterminants de ton choix ?

« L’Angleterre est un des meilleurs pays si ce n’est le meilleur pays pour jouer au foot, avec un championnat réputé. J’ai choisi de partir à Fulham parce que le club possédait – et possède – la meilleure académie d’Angleterre. Celui qui tient l’académie de Fulham est Malcolm Ellias, qui était avant à Southampton, et qui avait notamment recruté Gareth Bale, Adam Lallana ou Alex Oxlade-Chamberlain, donc c’est forcément un des grands endroits de la formation en Angleterre. »

Ton intégration à Fulham n’a-t’elle pas été trop compliqué pour toi, qui est parti à l’étranger à seulement 16 ans ?

« Non, ça a pas été spécialement dur pour moi, surtout que mon frère est venu à Londres avec moi, donc ça m’a facilité pas mal de choses. De plus, le club m’a bien accueilli, donc ça m’a mis dans de bonnes conditions d’entrée. »

A ton arrivée à Fulham, quelles-ont été les principales différences par rapport au football en France ?

« Déjà, la première chose qui m’a marqué ici, c’est vraiment le degré de professionnalisme demandé par les clubs. Rien que dans les catégories jeunes, on demande de l’intensité, de la rigueur, et ça se ressent dans les matchs de jeunes je pense, au niveau de la rigueur demandée dans le jeu notamment. »

Depuis ton arrivée à Londres il y a trois ans, cette saison est sans aucun doute la plus aboutie de toutes, comment expliques-tu cela ?

« Je pense qu’il faut savoir saisir sa chance au bon moment. Je pense avoir montré ce que je valais. Le fait d’avoir la confiance du coach au fur et à mesure m’a forcément motivé, ce qui explique en grande partie pourquoi j’ai pu faire la saison que j’ai faite. »

Est-ce qu’il y a un système de jeu dans lequel tu as préféré évoluer cette saison ?

« Non, je n’ai pas forcément de formation préférée. Tant que je peux évoluer devant en pointe, que ce soit un 4-3-3, 4-5-1 ou un autre, ce sont forcément des systèmes qui me plaisent. »

Dans quels domaines de jeu penses-tu avoir progressé depuis ton arrivée à Fulham en 2012 ?

« Déjà, je pense avoir gagné en régularité, chose qui me faisait défaut avant, et à mes débuts en Angleterre. Le fait d’avoir été dans une académie qui se veut énormément professionnelle, puis de jouer aujourd’hui en pro. m’a forcément fait gagner en physique, et en mental. Après, c’est l’expérience qui a également eu un rôle très important : à force de jouer, on apprend vite, c’est sûr. »

Malgré cette saison plus que prometteuse, tu n’as pas obtenu le titre de meilleur jeune de Championship (au profit de Lewis Cook, Leeds United). Une déception pour toi ?

« Non, vraiment, ça ne m’a pas dérangé. Je sais ce que je vaux, donc que je l’ai ou que je ne l’ai pas, c’est plus symbolique qu’autre chose selon moi. »

Presque à l’inverse de ta saison à toi, le club a vécu un épisode 2015/16 compliqué, terminant à la 20ème place, soit à deux places de la relégation. Mais cela a-t’il été tout de même bénéfique pour toi ?

« Oui, quand on est condamné à lutter pour le maintien, il y a forcément de la pression presque en permanence, donc on doit apprendre à gérer cela, et c’est sûr que ça m’a beaucoup aidé à grandir mentalement. »

Là encore, à défaut de la saison mitigée du club, vous formez un duo très prolifique avec Ross McCormack, avec 36 buts à vous deux (soit plus de la moitié du total des buts de l’équipe cette saison), comment expliques-tu cette complémentarité ?

« A force de jouer des matchs ensemble, on apprend à se connaître. Ça peut faire naître une certaine complicité sur le terrain, et ça aide beaucoup, c’est sûr. Il m’a fait de belles passes, je lui en ai fait des belles. J’ai donc appris à trouver une complémentarité avec des joueurs au profil plus ou moins similaire que moi, et ça nous au plutôt réussi cette saison. Ross est un très bon joueur, donc ça facilite le travail. »

Est-ce qu’il y a selon toi des équipes qui se détachent dans ce championnat, et pourraient jouer à
l’échelon supérieur ?

« Oui, il y a vraiment des écuries qui ont un gros niveau, comme Brighton, Middlesbrough, Derby, Sheffield Wednesday, Hull City. Ce sont des équipes qui jouent vraiment bien au ballon, et qui pourraient mériter de jouer plus haut. »

Maintenant la saison terminée, tes objectifs fixés en début de saison ont-ils été atteints ?

« Oui, j’ai atteint mes objectifs, mais je suis quand même assez exigeant et je pense vraiment que j’aurais pu mieux faire, avec un peu plus de régularité en début de saison notamment. »

En revanche, bien que tu sois un des jeunes français les plus performants cette saison, tu n’es pas forcément un élément indiscutable avec l’équipe de France, où tu joues en U20. Une déception pour toi ?

« Pour l’instant, je me concentre beaucoup sur mes performances en club. Si le travail fait est bon, l’équipe de France viendra ensuite. Après, que ce soit U20 ou Espoirs, je ne me mets vraiment pas la pression avec ça. »

On arrive dans un période ou les choses vont sûrement être amenées à changer, puisque tu es en fin de contrat à Fulham et que certains clubs ont déjà tentés une approche l’hiver dernier. Une préférence dans la destination ?

« Si jamais je suis amené à quitter le club, c’est plus le projet sportif du club qui m’intéresserait plutôt que la destination. Même si je suis amené à revenir en France, si un club, même autre que Paris, me propose un projet sportif intéressant pour moi, ça ne me dérangerait pas. »

Comment juges-tu l’ambiance à Craven Cottage, un des stades anglais les plus mythiques ?

« C’est vraiment une ambiance sympa, avec des fans très fidèles. Donc forcément, avoir un stade comme Craven Cottage derrière nous, ça boost, surtout dans cette saison où nous en avions vraiment besoin. »

Que penses-tu de la réussite de Leicester cette saison, eux qui jouaient encore en Championship il y a deux ans ?

« Il y a eu du bon boulot fait dans le club à mon sens, qui les a amenés à dominer pas mal d’équipes cette saison, dont certaines grosses écuries. Oui, c’est quelque chose de super pour eux. »

Un joueur qui t’a inspiré plus jeune ?

« Je dirais Ronaldo et Ronaldinho. Aujourd’hui, non, je n’ai pas vraiment de modèles. »

Ta citation préférée ?

« J. Cruyff : « Le football est simple, mais il est difficile de jouer simple. » »

Un conseil à donner à de jeunes footballeurs qui veulent à leur tour devenir professionnel ?

« Il faut travailler, travailler, travailler, et ne jamais rien lâcher. »

Posted by Hugo Girard

Amateur de football depuis une certaine finale Milan-Liverpool, j'étais pourtant pas encore né pour la finale de la Coupe du Monde 1998. Aujourd'hui, le Borussia Dortmund me fait vibrer, au même titre que le Clermont Foot et la Ligue 2 en général. Un bipolaire footballistique donc.

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