Enquête – Le football professionnel est-il audois ?

À la lecture de ce titre, votre première réaction sera certainement de vous gratter la tête en vous demandant « Quel joueur audois joue ou a joué en première division ? » et vous répondrez certainement « Aucun ». Réaction normale au vu du peu de joueurs audois ayant goûté aux joies du monde professionnel et s’y étant fait un nom. Pourtant il y en a eu, dont le plus connu est certainement Ali Benarbia, narbonnais d’adoption, oranais d’origine, formé à l’OC Razimbaud et au FU Narbonne avant de partir pour Martigues. Et il y en a toujours, à l’image de Pierrick Fito, joueur professionnel depuis mai 2016 au Montpellier Hérault SC.

Toutefois, on peut se demander pourquoi si peu de joueurs du département de l’Aude ont percé depuis le début de l’ére professionnelle. Manque d’ambition et mauvaise gestion de la part du football local ou l’âme rugbystique de la région est-elle trop forte ? C’est ce que nous allons tenter de décrypter au travers de cet article.

La disparition du leader historique

Le premier problème, qui est peut-être d’ailleurs le principal problème du football audois, est qu’il n’a aucun leader. En effet, depuis la descente du FA Carcassonne Villalbe de CFA 2 en 2007 et le rapide passage dans cette même division du FU Narbonne entre 2011 et 2013, plus aucun club du département n’a évolué au niveau national. Certes, nous parlons ici de la catégorie Seniors, mais il en est de même pour les catégories jeunes où aucune équipe n’a connu le niveau national depuis le déclin de l’école de football du FACV.

Aujourd’hui, même si le FU Narbonne peut se targuer de voir ses équipes évoluer au plus haut niveau régional, il ne semble pas que celui-ci fasse rêver les jeunes footballeurs audois, ces derniers lui préférant habituellement son voisin biterrois de l’AS Béziers et/ou les sections sportives des départements limitrophes, alors qu’il n’en existe qu’une dans l’Aude, à Castelnaudary.

Mais pour qu’il y ait un leader, il faut également qu’il y ait un vivier et une ambition formatrice dite des « petits clubs ». Or, à l’heure actuelle, sans parler du manque de formation footballistique de la majorité des éducateurs, certains clubs préfèrent concentrer la majeure partie de leurs moyens humains et financiers sur la seule catégorie Seniors et leur équipe fanion, garante d’une certaine visibilité pour eux. Oubliant certainement que celle-ci se pérennisera sur le long terme en grande partie grâce à leur école de football et à la production de joueurs de talent.

Le projet club, qu’es aquò ?

On peut donc affirmer qu’il manque aux clubs audois une certaine notion de « projet club » et avec celle-ci la mise en place d’objectifs à court, moyen et long terme et la définition des moyens humains et financiers nécessaires à l’atteinte de ces derniers.

Ces deux « nerfs de la guerre » manquent cruellement au football du département de l’Aude qui, rappelons-le, était en 2015 le second département français avec le taux de pauvreté le plus élevé derrière la Seine-Saint-Denis. Cette donnée n’est pas à négliger, mais ce qui fédère, mobilise et attire les hommes et les financeurs reste avant tout un projet bien construit qui détermine où nous allons. Mais cette absence d’idées et d’objectifs fédérateurs est aussi liée parfois à un autre problème tout autant majeur.

En effet, les clubs sont généralement dirigés par une ou deux personnes et/ou reposent sur ces dernières. Parfois par choix, dans ce cas par désir de pouvoir « en s’accaparant les mérites » d’une certaine réussite, mais parfois par défaut et dans ce dernier cas, le montage d’un projet leur permettrait peut-être d’y remédier, au moins en partie.

Ce qui est certain, est que, quel que soit le cas de figure, c’est le club qui est perdant et voué à disparaître sur le long terme.

Un District à la recherche d’un second souffle

Mais il faut noter qu’il y a une véritable prise de conscience de cette problématique par la Fédération Française de Football avec la création du Certificat Fédéral de Football 4 qui regroupe les modules « Projet club » et « Projet associatif ». Ces deux modules permettent de sensibiliser les dirigeants souhaitant se former à la notion de construction et de gestion de projet.

Toutefois, depuis le départ à la retraite courant 2015 du Cadre Technique Départemental historique, Charles Montespan, le département de l’Aude se retrouvait à partager son CTD avec son voisin catalan et le seul Cédric Roque, Conseiller Départemental en Football d’Animation, pour gérer de façon permanente les formations, les détections/sélections ou encore la mise en place des compétitions pour les quelques 9 000 licenciés du département. Peut-être un peu trop pour un seul homme.

Fort heureusement, l’arrivée de Pierre Micheau pour le seconder permet aux deux hommes, avec l’appui de certains dirigeants du District, de donner un nouvel élan au football départemental. De plus, la récente création de la page Facebook du District de l’Aude permet à ce dernier de faire parler de ses actions et de démontrer son travail acharné pour le développement du football départemental.

Une communication difficile

Et elle est peut-être là l’une des grandes évolutions du District de l’Aude : l’ouverture au monde. En effet, souvent raillé pour être dirigé par une population issue du « troisième âge ne comprenant plus rien au football », la naissance du District sur les réseaux sociaux leur permet de créer une interaction avec leurs licenciés mais aussi une certaine proximité avec eux.

Ce qui peut paraître finalement banal est pourtant une évolution importante dans un département ou les journaux sont vampirisés, ou plutôt se laissent vampiriser, par le rugby à XIII ou à XV. En effet, peu de place est laissée au football dans les éditions quotidiennes de l’Indépendant ou de La Dépêche, et ce, quelle que soit la division. Il sera possible de lire des articles relatant les exploits des clubs de 3e Série de rugby à XV, l’équivalent de la troisième division district au football, ou encore des « treizistes », l’équivalent du futsal en termes de développement et de notoriété, mais il restera compliqué de voir plus de deux pages consacrées au football audois. En effet, mis à part la page Planète 11 dans La Dépêche financée par le District, ceci semble difficilement concevable.

Il était donc important que le District se dote d’un moyen de communication qui lui soit propre pour que l’on parle du football départemental et de ce qui est fait pour le développer.

Une évolution positive

Toutefois, même si le rugby dispose fréquemment de soutiens financiers privés ou institutionnels plus nombreux et plus importants que le football dans le département, se cacher derrière cette explication pour donner la raison de l’absence de club audois au niveau national serait une erreur. Les problèmes évoqués ci-dessus, tel que l’absence de projet fédérateur, sont les principales causes de cette absence.

Alors, même si le football audois reste cantonné depuis quatre saisons au niveau régional, il n’en oublie pas de former des jeunes joueurs et joueuses à l’image de Quentin Martin (FBBP) et Michel Espinosa (CF63) ou encore Laurence Savianna et Chloé Marty (MHSC et internationales jeunes) qui démontrent qu’il y a bien des footballeurs de talent dans l’Aude.

Enfin, même si on ne peut être que déçu du peu d’engouement des bénévoles pour la direction du football audois, comme le démontre la présence de l’unique liste sortante du Président Lacour lors des dernières élections de fin de saison dernière, l’image jusqu’ici plutôt négative que pouvaient avoir les clubs vis-à-vis du District tend à s’améliorer et ces deux entités travaillent de plus en plus souvent main dans la main et avec le même objectif : celui de démontrer que le football audois existe.

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