Entretien avec Zaki Noubir, entraîneur des U17 Nationaux du SC Air Bel

Zaki Noubir, moniteur technique des U17 nationaux du SC Air Bel, impressionne avec son équipe. Actuellement 2ème du championnat devant des centres de formation professionnels, il a accepté de se livrer pour EspoirsduFootball.com

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, j’ai  27 ans, je suis marié, père de 2 enfants, moniteur technique des U17 du SC Air Bel et Référent territoire Maison Provence Jeunesse et Sport au Conseil Départemental.

Tu as joué au football jusqu’à tes 17 ans dans différents clubs du bassin marseillais. Parallèlement, tu commences à entraîner les benjamins à Vivaux Marronniers. Qu’est-ce qui t’as poussé à entraîner ?

J’aimais bien jouer au foot avec mes collègues et quand j’ai commencé à entraîner,  je me suis senti plus à l’aise. J’ai été naturellement attiré malgré mon jeune âge. Lorsque j’étais joueur, j’avais toujours une réflexion sur les séances d’entrainement par le biais d’Omar Keddadouche, qui m’a lancé en tant que joueur et entraîneur (en tant qu’adjoint puis principal des benjamins à Vivaux Marronniers Sport). Ça m’a conforté dans ma réflexion. J’ai pu apprendre le métier d’éducateur en toute modestie et commencé à suivre des formations. À l’issue de ces 3 années j’ai voulu prendre mon envol. J’ai pris la direction du FC Rouguiere où j’étais responsable des catégories U11 et U13. Ce fût des années merveilleuses où j’ai pris énormément de plaisir pu mettre en pratique ce que j’avais appris.

Ces belles années t’ouvrent les portes de l’Olympique de Marseille où tu prends en charge une équipe de U11. J’imagine que c’était un rêve pour toi de pouvoir transmettre tes valeurs à des joueurs évoluant dans le club phare de ta région…

Lorsque Freddy Assolen, observateur dans le recrutement de jeunes pousses de la région, m’a contacté pour prendre en charge une équipe U11, je n’ai pas hésité. J’arrive là bas avec une idée d’évoluer, de passer mes diplômes. 4 années enrichissantes où j’ai pu passer mon BMF, voyager, échanger, me perfectionner. Mais devant le peu de perspectives d’évolution et l’envie de  m’orienter vers le football à 11, j’ai fait mes bagages. J’ai eu quelque entretiens avec des clubs professionnels mais sans succès. Je me retrouve le 1er juillet sans club. Didier Samoun, directeur sportif du club d’Endoume me propose l’idée de prendre en charge les U17 évoluant en excellence. Pendant 6 mois, j’ai découvert le football à 11, j’ai pu voyager aux quatre coins de la France. Cela a été très enrichissant.
Puis le directeur sportif du SC Bel Air me contacte pour prendre en charge les U17 évoluant en honneur. Au départ, j’ai cru à une blague.

Tu réussis le pari fou lancé par la direction du club : faire monter ton équipe en U17 nationaux. Tu es au passage élu meilleur éducateur de l’année par la Ligue de Méditerranée. Une récompense significative. Une saison que tu n’imaginais que dans tes rêves…   

Je suis quelqu’un qui se prépare toujours, je me suis peaufiné dans l’ombre, j’ai beaucoup travaillé. Je ne remercierai jamais assez la direction de m’avoir fait confiance. Suite à cette accession au niveau national, tout le monde nous annonçait relégable en fin de saison. Ça a été une saison exceptionnelle, couronnée de succès avec en prime la coupe régionale qui a une grande importance ici. Après cette incroyable saison, je me suis remis rapidement au travail et bien évidemment le plus dur était de confirmer. Je me suis préparé avec mon staff pour gommer les imperfections. Il a aussi fallu gérer les émotions de chacun et rester humble, prendre match par match et faire un bilan comptable en fin de saison.

Vous êtes actuellement deuxième avec une incivilité qui dure depuis plus d’un an à domicile. Comment expliques-tu cette série ?

Très sincèrement, les statistiques sont honorables mais je n’y prête pas attention. Je souhaite que mon équipe joue de la même manière à domicile qu’à l’extérieur.

Ton équipe est composée de joueurs qui ne connaissaient pas les centres de formation des clubs professionnels. Comment l’expliques-tu ?

Les clubs amateurs sont la « banque » des clubs professionnels. Il y a énormément de joueurs qui passent à coté du radar. Je trouve dommage que l’on ferme la porte au monde amateur. Mais au final c’est peut-être ça  la recette de notre réussite actuelle : l’insouciance. Un vécu différent, mais une envie unique.

 Mais dans les niveaux nationaux, les clubs ciblent des profils. Ils ont une seconde chance d’être observés au SC Air Bel. À l’issue de la saison dernière, certains de nos joueurs ont signé dans des clubs professionnels et d’autres non. Mais comme on leur répète chaque jour, il faut qu’ils s’accrochent. S’ils se donnent les moyens, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas pour eux.  

Justement, un entraîneur est très important dans la carrière d’un joueur. Quelle est ta vision de ce rôle que tu incarnes ?

Pour moi le plus important dans le métier entrainement c’est d’être en osmose avec mes joueurs, leur véhiculer ma conception du football. Il est primordial d’être capable de galvaniser ses joueurs. Leur faire comprendre la philosophie que je veux leur inculquer : l’aspect mental, la vitesse mentale, courir pour se déplacer, pour se replacer, pour avoir le ballon… Je leur demande d’être efficaces sans pour autant négliger le jeu. Je trouve que dans un match de football, il ne faut pas dénaturer la finalité qui est de gagner.

Comment réussis-tu à leur apprendre de nouvelles choses, séance après séance ?

Un coach doit se renouveler, se remettre en question. Pour cela, je passe des heures à regarder des matchs mais aussi des vidéos en lien avec l’aspect humain. J’ai la chance de pouvoir effectuer des stages d’observation dans des clubs professionnels. Je suis allé à la rencontre de différents staffs (Niort, Strasbourg, Rennes, Monaco, Marseille…). C’est très enrichissant et ça me permet d’évoluer sur différents aspects. Récemment, lors de mon stage à l’OM, je me suis enrichi auprès de Rudi Garcia d’un point de vue tactique. Je travaille également beaucoup avec la vidéo. Je passe d’ailleurs prochainement un diplôme universitaire d’analyste vidéo.

As-tu un modèle entraîneur avec qui tu partages une philosophie de jeu ?

Je n’ai pas de modèle précis, je m’inspire de tout le monde. Chaque entraîneur a une idée propre à lui du football. Mais si je dois en citer un  ce serait Mourinho puisque je partage son goût prononcé pour l’efficacité. J’aime bien la philosophie de Bielsa mais j’apprécie également un bon nombre d’entraineurs qui ne sont pas médiatisés mais qui le mériteraient.

Comment gère-t-on un groupe de joueurs âgés 15-16 ans, en pleine construction personnelle ?

Il faut simplement être honnête et franc. Ils sont ados, n’aiment pas les mensonges. Quand on est coach, on fait des heureux et des déçus. Pour avoir quelque chose il faut aller le chercher. Si tu veux être dans le groupe des 16 joueurs il  faut travailler. Si tu veux être dans les 14 il faut travailler. Et si tu veux être dans les 11, il faut travailler… Comme je leur dis, chaque semaine est un interim. Mon groupe est sain. Cette méthode permet le dépassement de soi. Je ne changerai pas ma philosophie. Je donne le meilleur pour eux et je fais en sorte de les amener d’un point A à un point B en étant en harmonie avec eux.
Les activités extra sportives sont indispensables pour réaliser cet objectif. Les joueurs apprennent à se découvrir et peuvent créer des affinités. Lors des stages, je leur inculque les règles de vie du groupe. Quand  le jour J du championnat arrive, le groupe fonctionne avec aucune animosité. C’est plus simple pour travailler avec eux.  Je veux des mecs sur le terrain qui sont prêt à tout donner d’un point de vue individuel et collectif. C’est sûrement ça qui fait notre réussite.

À seulement 27 ans, tu disposes déjà d’un vécu important. Tu dois nourrir de grandes ambitions pour la suite de ta carrière…

Je ne suis pas quelqu’un qui rêve. Il faut travailler. J’ai des objectifs mais je pense qu’il faut d’abord monter marche après marche, se former, se remettre en question, échanger, observer. C’est une des choses qui me permet d’avancer. C’est ma philosophie. Je ne suis pas le meilleur, mais je fais ce que j’aime chaque jour. Si demain j’ai une proposition je serai ravi mais ce ne sera pas une consécration mais le commencement d’une belle aventure. Le football est une famille, c’est un sport humain avant tout. 

Posted by Emmy Bineau

Sortie pas les pieds, pas une coincidence- Joueuse de D2 féminine - Etudes en communication

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